Onde P sinusale

Onde P engendrée par le nœud sinusal. L’activation se propage d’abord dans l’oreillette droite (1er et 2e tiers de l’onde P), puis dans l’oreillette gauche (2e et 3e tiers de l’onde P) [1].

A – L’onde P sinusale physiologique est :

  • positive, arrondie, monophasique en DII, DI, et VF et négative en VR.
  • en DII, elle est peu ample (≤ 2,5 mm) et de durée brève (< 0,12 sec). Une durée < 0,13 sec et un aspect bi- ou multiphasique peut être une variante de la normale, en fonction de la technique d’enregistrement [2]
  • en V1, elle est monophasique positive ou faiblement diphasique ce qui traduit les composantes inhérentes à chaque oreillette (positivité = oreillette droite, négativité = oreillette gauche).
  • sa fréquence habituelle est comprise entre 60 et 100/min. Une fréquence trop basse témoigne d’une bradycardie sinusale, une fréquence trop élevée d’une tachycardie sinusale. Elle varie chez le sujet sain en fonction de la respiration (cf. Arythmie sinusale respiratoire).
  • son axe est compris entre 0 et 75°, le plus souvent entre 45 et 60°. Il se calcule comme on calcule l’axe électrique du cœur. Cet axe peut changer sur un même tracé, car le pacemaker dominant au sein du nœud sinusal peut migrer de la partie céphalique (axe de P plutôt vertical ; stimulation sympathique) à la périphérie (axe de P plutôt horizontal ; stimulation vagale) (cf. Wandering pacemaker).
  • la repolarisation atriale n’est généralement pas déviée de la ligne iso-électrique sauf en cas de fréquence élevée, d’infarctus atrial ou de péricardite.

 

B – L’onde P sinusale peut devenir pathologique et constituer un substrat pour une fibrillation atriale.

  • une onde P peu voltée et brève est fréquente en DII au cours du vieillissement et traduit la dégénérescence atriale.
  • une onde PDII allongée et PV1 négative est le fait d’une surcharge atriale gauche (cf. Onde P mitrale)
  • une onde PDII trop ample évoque une surcharge atrial droite (cf. Onde P pulmonaire), mais peut se voir aussi en cas d’hyperadrénergie ou anxiété.
  • une onde P franchement bifide/diphasique traduit un bloc de conduction intra-atrial.
  • une onde P manquante traduit un bloc sino-atrial.
  • une dispersion trop élevée (soustraction de la durée de l’onde P minimale à celle de l’onde P maximale dans n’importe quelles des 12 dérivations) expose au risque de fibrillation atriale [3].

 

[1] Magnani JW et al. P Wave Indices: current status and future directions in epidemiology, clinical, and research applications. Circ Arrhythmia Electrophysiol 2009; 2;72-9. (téléchargeable)

[2] Potse M, Lankveld TA, Zeemering S, et al. P-wave complexity in normal subjects and computer models. J Electrocardiol. 2016 Jul-Aug;49(4):545-53. (téléchargeable)

[3] Ishida K, Hayashi H, Miyamoto A, Sugimoto Y, Ito M, Murakami Y, Horie M. P wave and the development of atrial fibrillation. Heart Rhythm. 2010 Mar;7(3):289-94