Conduction cachée

Conduction intracardiaque modifiée par un phénomène électrique caché. Ce phénomène est un influx qui pénètre une portion de tissu spécialisé qu’il dépolarise, mais ne peut la franchir totalement car la conduction au-delà est déprimée. Il n’a pas de traduction électrique directe sur l’ECG de la portion de circuit dépolarisé, mais la dépolarisation modifie sa période réfractaire  du tissu sous jacent ce qui peut se traduire indirectement par un grand nombre de troubles du rythme

A – Pseudo-blocage 

– Ce phénomène s’observe lorsqu’un influx pénètre une région du cœur, qu’il la dépolarise et la rend réfractaire temporairement aux autres influx, mais ne peut la franchir totalement car la conduction au-delà est déprimée. Sur l’ECG on observe que les influx trop proches sont bloqués partiellement ou totalement.

– Cela explique certaines particularités des « complexes ultérieurs », en particulier des anomalies inattendues de la conduction AV ou pseudo-bloc : allongement inattendu de l’intervalle P-R, aspect inattendu de bloc AV du 2ème degré après une ou plusieurs ESJ ou ESV, bloc AV de haut degré au cours d’une fibrillation auriculaire ou absence d’échappement jonctionnel durant une pause ventriculaire.

– Cela explique aussi que la réponse ventriculaire au cours d’une fibrillation auriculaire soit lente (conduction ≥ 4:1) et que l’intervalle F-R au cours d’un flutter auriculaire soit habituellement compris entre 0,26 et 0,46 s. 

B – Tachycardies jonctionnelles

– Ce phénomène est impliqué dans la genèse et l’entretien de nombreuses tachycardies jonctionnelles en raison de certaines particularités de conduction (cf. Dualité nodale, Conduction orthodromique).

– C’est également un facteur régulateur de la réponse ventriculaire durant une tachycardie atriale ou une fibrillation/flutter auriculaire avec préexcitation (cf. Conduction décrémentielle). En effet, la conduction rétrograde cachée dans le nœud AV réduit la fréquence ventriculaire et prévient le risque de fibrillation ventriculaire.

C – Conduction supernormale

– Ce phénomène explique – à l’inverse – l’affinement paradoxal de certains complexes QRS larges ou la facilitation de la conduction AV lorsqu’un influx tombe sur une cellule censée être en période réfractaire (cf. Conduction supernormale).

Références :

Wagner GS (2007)

Besoain-Santander M et al. A-V conduction in auricular flutter. Circulation. 1950; 2(4):604-16. (téléchargeable)

Brembilla-Perrot B. Phénomènes électriques cachés. Arch Mal Cœur Vaiss 1995, vol. 88, NS1 (66 p.)  pp. 15-23