Faisceau de Kent

Faisceau accessoire qui relie directement une oreillette à un ventricule (faisceau atrio-ventriculaire). Il est constitué de myocytes, sa longueur varie de 2 à 10 mm et son diamètre de 0,2 à 2 mm. Il doit son nom au cardiologue A.F.S. Kent qui l’a découvert en 1893 [1].

La connexion peut siéger n’importe où sur la circonférence des anneaux AV (latérale, antérolatérale ou postérolatérale) ou à la jonction des septa interauriculaire et interventriculaire normalement isolés par le noyau fibreux central que seul traverse physiologiquement le faisceau de His. Elle peut être latérale gauche (le plus fréquent), droite ou multiple.


La conséquences physiopathologiques
d’un « Kent » varie selon :

A. Le sens de la conduction atrio-ventriculaire

  • si le Kent est peu perméable dans le sens antérograde ou que l’influx atrial active le ventricule plus précocement par la voie nodo-hissienne que par la voie accessoire, cas les plus fréquents, la préexcitation n’est pas visible sur l’ECG de repos (« Kent caché », « Kent latent »).
  • si le Kent est perméable dans le sens antérograde (cf. Conduction orthodromique), et que l’influx atrial active le ventricule plus précocement par la voie accessoire que la voie nodo-hissienne, on observe une préexcitation qui se traduit par un PR court (< 120 ms), une onde delta et un complexe QRS élargi en rapport avec la fusion des complexes de dépolarisation ventriculaire. Ce QRS large s’accompagne de trouble secondaire de la repolarisation, de polarité opposée à l’onde delta (cf. Discordance appropriée)…
  • la conduction est généralement possible dans le sens rétrograde (cf. Conduction antidromique) ce qui peut être responsable de macroréentrée et donc de tachycardie réciproque paroxystiques (« tachycardie jonctionnelle »). La majorité des patients restent asymptomatiques. L’association de crises de tachycardie et d’un faisceau de conduction anormale s’appelle un syndrome de Wolff-Parkinson-White.

B. La longueur de la période réfractaire

  • Si la période réfractaire est longue, la préexcitation est peu menaçante car elle disparaît en cas d’accélération de la fréquence cardiaque et ne pourra pas conduire rapidement un accès de tachycardie atriale. La préexcitation peut n’apparaître qu’une fois sur deux QRS (cf. Figure)
  • Si elle est courte, une tachycardie atriale peut être conduite à 200-300/mn (cf. Fibrillation/flutter atrial et préexcitation) et entraîner une syncope voire exceptionnellement une mort subite

C. La localisation du faisceau de Kent

  • Elle est utile, quoique difficile, pour définir individuellement une stratégie d’ablation [2,3]

 

Voir Conduite à tenir devant une préexcitation

[1] Laham J et Brembilla-Perrot B. Classification des syndromes de WPW d’après l’ECG de surface. In « Syndromes de préexcitation ventriculaire ». Ed. Masson 2003.

[2] Teixeira CM, Pereira TA, Lebreiro AM, Carvalho SA. Accuracy of the Electrocardiogram in Localizing the Accessory Pathway in Patients with Wolff-Parkinson-White Pattern. Arq Bras Cardiol. 2016;107(4):331-338. (téléchargeable)

[3] Pambrun T, El Bouazzaoui R, Combes N, et al. Maximal Pre-Excitation Based Algorithm for Localization of Manifest Accessory Pathways in Adults. JACC Clin Electrophysiol. 2018;4(8):1052-1061