Onde R

Première déflexion positive du complexe QRS. Elle témoigne du rapprochement du front de dépolarisation de l’électrode qui l’enregistre à la phase initiale de l’activation électrique des ventricules. Une petite onde R s’écrit r ; une seconde onde R s’écrit R’.

Dans les dérivations frontales, la séquence de progression de l’onde R doit être harmonieuse (croissance-maximum-décroissance) de VL à DIII avec généralement un maximum en DII. L’amplitude de R ne doit pas dépasser 15 mm en DI et 20 mm dans les autres dérivations.[1]

Dans les dérivations précordiales, l’onde R est fine et < 5 mm en V1 (rS) ; elle croît de façon harmonieuse jusqu’en V4(V5) puis décroît jusqu’en V9 (qR). L’amplitude de R normale ne doit pas dépasser 26 mm en V5 ou V6 [1].  Le binôme de dérivations où R > S devient R < S s’appelle la zone de transition.

La séquence de progression harmonieuse des ondes R peut être altérée en cas d’erreur de position des électrodes précordiales, variante de la normale, hypertrophie ventriculaire, bloc de branche, infarctus, séquelle de nécrose, faisceau accessoire, rythme infra-nodal et plus rarement une pathologie pleurale gauche.

L’amplitude et la largeur de l’onde R reflètent l’épaisseur du muscle en regard de l’électrode (en l’absence de bloc intraventriculaire) :

  • quand les ondes R sont plus larges et amples qu’attendues, il faut suspecter une hypertrophie ventriculaire
  • quand les ondes R sont plus fines et moins amples qu’attendues, on parle d’ondes r rabotées, ce qui suggère une séquelle de nécrose dans le territoire antérieur, en l’absence de bloc de branche gauche ou dans le territoire inférieur, en l’absence d’bloc fasciculaire antérieur gauche.

L’existence d’une onde R’ traduit un retard à la déflexion intrinsécoïde. Ce retard s’observe au cours des blocs de branche, de certaines séquelles de nécrose (cf. Complexes QRS fragmentés), de l’hypertrophie ventriculaire et de la cardiomyopathie arythmogène du VD. Une onde R’ s’observe aussi parfois au cours de rythme infranodal (cf. Complexes QRS ectopiques, Signe des oreilles de lapin…).

 

L’amplitude de l’onde R (signal de dépolarisation) et celle du segment ST ou de l’onde T (signaux de repolarisation) sont liées. L’analyse d’une déviation du segment ST et celle de l’amplitude de l’onde T doivent en tenir compte. Par exemple, lorsqu’une onde R est ample, une déviation du segment ST jusqu’à 4 mm peut être une variante normale de repolarisation en dérivations précordiales. A l’inverse, lorsqu’une onde R est minuscule, une élévation modeste du segment ST (< 1 mm) peut traduire un infarctus ST+.

 

[1] Prineas RJ, Crow RS, Blackburn H. The Minnesota Code Manual of Electrocardiographic Findings. Littleton, Ho KM Mass: John Wright-PSG Inc; 1982. (http://heart.bmj.com/cgi/content/full/84/6/582. (téléchargeable)