ECG : sportif normal

L’ECG est un outil de screening pour le dépistage d’une cardiopathie chez le sportif. Il est recommandé en France en 2009 pour l’obtention d’une licence sportive, tous les 3 ans de 12 à 20 ans, puis tous les 5 ans ensuite chez tous les sportifs symptomatiques, pour toute reprise d’activité sportive et tous les sujets à haut risque cardiovasculaire [1]. Il est conseillé en 2017 par la Société Européenne de Cardiologie dans le cadre du dépistage de routine avant la participation aux sports [2,3]. Néanmoins, son usage systématique est contesté en Amérique et dans d’autres pays en raison de son manque de sensibilité et spécificité [4,5].

La lecture de l’ECG de repos chez un sportif de haut niveau (sport > 8 h/semaine) a pour but de reconnaître les modifications physiologiques ECG secondaires à l’entrainement des anomalies qui peuvent préexister (ou apparaître) et conduire à une mort subite. Ces modifications physiologiques s’observent chez la moitié des sportifs et leur prévalence varie selon l’âge, le sexe, le type de sport, le niveau d’entraînement et les critères électriques retenus.  Cette lecture doit donc être assurée par un professionnel averti.

 

LES MODIFICATIONS PHYSIOLOGIQUES

Des modifications physiologiques s’observent chez la moitié des sportifs et leur prévalence varie selon l’âge, le sexe, le type de sport, le niveau d’entraînement et les critères électriques retenus.

  • Une bradycardie sinusale < 50/min (parfois < 40/min) associée à une arythmie respiratoire prononcée est souvent la seule particularité. Elle témoigne d’un tonus parasympathique accru et peut s’accompagner d’un remodelage sinusal avec, à long terme, une maladie du sinus [1]. Des pauses sinusales < 3 secondes sont habituelles, en particulier la nuit. Des bradycardies majeures (< 40/min) sont relativement rares. On peut parfois observer temporairement un rythme d’échappement, le plus souvent jonctionnel.

NB. Après un test maximal d’effort classique, la récupération est considérée comme normale si la baisse de la FC est supérieure à 12 battements par minute au terme de la première minute. Une baisse inférieure à 25 battements à la 3e minute est un facteur de risque de surmortalité [2].

  • Des complexes QRS amples (« hypervoltés ») en V3-V4 sont fréquents.
  • Un indice QRS d’hypertrophie ventriculaire gauche positif est fréquent, généralement bénin isolément. Rappelons que l’indice de Sokolow-Lyon de l’HVG n’est positif qu’à partir de 45 mm chez l’homme jeune.
  • Un indice QRS d’hypertrophie ventriculaire droite est fréquent, généralement bénin isolément.
  • Une hypertrophie atriale gauche ou droite isolée est bénigne [6].

Certains troubles de conduction sont bénins isolément :

  • Bloc de branche droit (il faut rechercher une cardiomyopathie arythmogène si ≥ 2 anomalies ECG) [5]
  • BAV du 1er degré (jusqu’à 400 ms), voire un BAV du 2ème degré Wenckebach sont possibles chez le sportif [6]. Ils sont habituellement régressifs à l’effort [4]

Des troubles de repolarisation sont fréquents. Ils sont généralement bénins quand les anomalies sont mineures et disparaissent à l’effort ou après l’arrêt de l’entrainement (diapo 3).

  • Des ondes T inversées ondes T inversées de V1 à V3 sont fréquentes chez un athlète jeune (cf. Repolarisation juvénile). En revanche, des ondes T inversées dans les précordiales autres que V1,DIII,VR justifient un suivi cardiologique avec imagerie.
  • Une repolarisation précoce (avec onde J), le plus souvent dans les dérivations latérales ou inférieures, est fréquente en particulier chez le sportif d’origine africaine. Un sus-décalage de ST associé à une onde T diphasique à convexité proximale en V1-V4 est assez caractéristique du grand sportif d’origine africaine (cf.  Inversion bénigne de l’onde T [6].

Certains troubles de l’excitabilité atriale ou ventriculaire sont acceptables.

  • Une ESV ou ESA par tracé ECG de 10 sec est acceptable.
  • La visibilité d’une seule extrasystole ventriculaire par ECG est acceptable;
  • Certaines ESV sur coeur prouvé sain (cf. ESV infundibulaire) [4].

Pour une prescription de bilan de santé [6]

[1] Brion R, Carré F et al. Recommandations de la Société française de cardiologie : Le bilan cardiovasculaire de la visite de non-contre-indication à la pratique du sport en compétition entre 12 et 35 ans. Archives des Maladies du Cœur et des Vaisseaux-Pratique, 2009(182), 41-43.

[2] Pelliccia A, Fagard R, Bjørnstad HH, et al; Study Group of Sports Cardiology of the Working Group of Cardiac Rehabilitation and Exercise Physiology; Working Group of Myocardial and Pericardial Diseases of the European Society of Cardiology. Recommendations for competitive sports participation in athletes with cardiovascular disease: a consensus document from the Study Group of Sports Cardiology of the Working Group of Cardiac Rehabilitation and Exercise Physiology and the Working Group of Myocardial and Pericardial Diseases of the European Society of Cardiology. Eur Heart J. 2005; 26(14):1422-45.

[3] Mont L, Pelliccia A, Sharma S, et al. Pre-participation cardiovascular evaluation for athletic participants to prevent sudden death: Position paper from the EHRA and the EACPR, branches of the ESC. Endorsed by APHRS, HRS, and SOLAECE. Europace. 2017 Jan; 19(1):139-163

[4] Maron et al (AHA 2015). Eligibility and Disqualification Recommendations for Competitive Athletes With Cardiovascular Abnormalities: Task Force 2: Preparticipation Screening for Cardiovascular Disease in Competitive Athletes. Circulation. 2015; 132(22):e267-72. « It is reasonable to conclude that palpitations caused by PVCs in the absence of heart disease that occur at rest, are suppressed with exercise, and are not accompanied by periods of non sustained VT (NSVT; at most, PVC couplets) are benign and should not limit full participation in competitive physical activities »

[5] Sharma S, Drezner JA, Baggish A, et al. International recommendations for electrocardiographic interpretation in athletes. Eur Heart J. 2018;39(16):1466‐1480. (téléchargeable)

[6] https://monbilansportsante.fr/ Ce module permet d’éditer une prescription simplifiée d’Activité Physique Adaptée. La création d’un espace personnel ( GRATUITE ) élargira le champ de ses fonctionnalités. Dès lors, nos algorithmes vous guideront dans la réalisation de vos examens préventifs selon les recommandations de la SFMES pour approfondir vos diagnostics, fixer le CAAP et justifier le recours à de possibles examens complémentaires. Vos dossiers seront ainsi archivés et enrichis par les éducateurs sportifs chargés d’encadrer la pratique de vos patients.