Hypokaliémie

Une baisse du potassium intracellulaire prolonge la phase 3 du potentiel d’action, ce qui peut modifier la repolarisation, favoriser des arythmies et menacer le pronostic vital. Les signes cliniques se limitent à une faiblesse musculaire, à des crampes, une constipation parfois sévère ou des malaises secondaires aux troubles du rythme [1]. Les étiologies sont nombreuses [2]. L’une des causes (exceptionnelle) est la paralysie périodique.

Aspect ECG. La corrélation entre hypokaliémie et signes ECG est assez mauvaise [3].

  • hypokaliémie modérée (kaliémie 3 – 3,5 mmol/l ou déficit potassique entre 100 et 200 mmol) s’accompagne d’un ECG normal ou d’une diminution d’amplitude de l’onde T et augmentation de celle de l’onde U.
  • hypokaliémie plus sévère (kaliémie 2,7 – 3 mmol/l) s’accompagne d’une onde U dominante (ratio U/T > 1) qui fusionne avec la partie terminale de l’onde T dans certaines dérivations (surtout DII, V3). L’intervalle QTc mesuré par ordinateur est allongé, mais la valeur réelle du QT est difficile à mesurer en raison de la superposition de l’onde T et de l’onde U. Le début de l’onde P peut être masqué en cas de tachycardie avec onde U marquée. Son amplitude peut être augmentée avec prolongation du P-R.
  • hypokaliémie encore plus sévère (déficit potassique entre 300 et 400 mmol) s’accompagne d’un léger sous-décalage de ST (≥ 0,5 mm, surtout en DII, V1-V3), un peu concave vers le haut et d’une quasi-fusion de l’onde T et de l’onde U dominante (kaliémie < 2,7 mmol/l). Il en résulte un aspect en « S italique couché » assez typique dans certaines dérivations.

Troubles du rythme

  • Un rythme jonctionnel accéléré est possible (hyperautomatisme bénin).
  • Des extrasystoles atriales ou une hyperexcitabilité atriale peuvent annoncer la survenue d’une arythmie atriale (cf. Fibrillation atriale), grossièrement corrélé avec la profondeur de l’hypokaliémie.
  • Des extrasystoles ventriculaires ou des salves de tachycardie ventriculaire sont des signes de gravité. L’association bradycardie + hypokaliémie expose à des torsades de pointes. De façon exceptionnelle, on peut observer une tachycardie ventriculaire bidirectionnelle qui doit faire évoquer l’hypothèse d’une hypokaliémie sévère.
  • L’hypokaliémie est plus dangereuse en cas de maladie coronaire, de syndrome du QT long et traitement par quinidine ou potentialise la toxicité des digitaliques.

L’hypomagnésémie n’a pas de traduction sur l’ECG mais elle peut aggraver les signes d’hypokaliémie et doit être recherchée et corrigée.

 

Diagnostics différentiels

  • Une onde T déformée par l’onde U avec un QT long peut se voir dans un syndrome du QT long congénital.
  • Une onde U marquée peut se voir au cours de certains accidents cérébro-vasculaires (ratio T/U généralement non altéré) ou certains blocs AV complets avec bradycardie (risque de torsade de pointes).
  • Un aspect en « S italique couché » peut se rencontrer au cours d’une imprégnation en amiodarone ou en quinidine, avec ou sans digitalique [4].

Voir aussi : Onde U

 

Blog de S Smith

Young woman with weakness. The ECG is pathognomonic. What is it?

STEMI with Life-Threatening Hypokalemia and Incessant Torsades de Pointes

Insulin Overdose: Does this ECG help to Guide your Management?

[1] Kardalas E, Paschou SA, Anagnostis P, et al. Hypokalemia: a clinical update. Endocr Connect. 2018;7(4):R135-R146 (téléchargeable)
[2] Gennari FJ. Hypokalemia. N Engl J Med. 1998; 339(7):451-8 (téléchargeable)
[3] Surawicz B et Knilans TK. Chou’s electrocardiography in clinical practice. Ed. Elsevier, 6th édition 2008. ISBN : 978-1-4160-3774-3.
[4] The Merck Manual (2006-8)